A Langouët, la classe moyenne achète des maisons écologiques de qualité

Article paru dans l'édition du Monde daté du 2 février 2011

Des petits cubes aux volets rouges, ou bleus, posés sur le gazon. De loin, le lotissement de la Pelousière, à Langouët (540 habitants), à une vingtaine de kilomètres de Rennes, a des allures scandinaves avec ses petites maisons de bois. Là, des couples avec enfants, et même des familles monoparentales, sont devenues propriétaires d'une maison écologique économe en énergie.

Ils sont employés de banque, techniciens, ou fonctionnaires..., disposent de 2 000 à 3 000 euros de revenus par famille, et ont pu acheter. Ces ménages font partie de cette classe moyenne qui, en raison de l'envolée des prix de l'immobilier, a du mal à accéder à la propriété. Sauf à se plier à de multiples concessions (éloignement, qualité médiocre de la construction...) qui au final grèvent un peu plus encore son pouvoir d'achat.

Daniel Cueff, le maire de Langouët et président de la communauté de communes du Val d'Ille, n'est pas un défenseur de l'accession à tout prix. Loin s'en faut. En revanche, cet élu (Bretagne Ecologie) est convaincu qu'il est possible de mener conjointement une démarche sociale et environnementale. La Pelousière lui a servi de laboratoire.

Pour rester dans les prix de l'accession sociale à la propriété, sans lésiner sur la qualité, la collectivité locale a travaillé avec une coopérative HLM " Habitation familiale " et les Compagnons Bâtisseurs, une association spécialisée dans la réhabilitation par les habitants eux-mêmes. " En faisant appel à une part d'autoconstruction encadrée, le coût des maisons, terrain compris, n'a pas dépassé 1 800 euros par mètre carré, ce qui a permis aux acquéreurs de bénéficier d'aides à l'accession, comme le Pass Foncier - la maison et le terrain peuvent être payés en deux temps - ", explique David Rucay, chef de projet aux Compagnons Bâtisseurs Bretagne.

Concrètement, encadrés par des professionnels du bâtiment salariés de l'association, les ménages ont réalisé eux-mêmes certains travaux extérieurs pendant leur temps libre. Dès le départ, les futurs acquéreurs devaient s'engager à donner l'équivalent de 30 jours de travail pour finir leurs maisons et celles des autres. L'organisation du chantier, les règles d'entraide mais aussi les multiples questions d'assurances et de responsabilités ont fait l'objet d'un contrat entre les deux parties.

" Effet de levier "

" La part de l'autoconstruction peut sembler faible - 7 % - , mais elle entraîne un effet de levier. Une maison à 150 000 euros de cette qualité, vous n'en trouvez pas sur le marché ", poursuit M. Rucay. Toutes les habitations (six quatre-pièces de 80 m2 et six cinq-pièces de 90 m2), construites en matériaux naturels (sol, isolation, peinture...), équipées de panneaux solaires pour la production d'eau chaude et de chaudière à bois pour le chauffage, consommeront moins de 55 kW/heure par m2 et par jour, et sont classées bâtiment basse consommation (BBC).

Pour tous les partenaires, cette expérience n'est qu'une étape. " Nous n'avions jamais construit de bâtiment "écologique" et avec une part d'autoconstruction ", explique Jérôme Nicolas, responsable de la promotion chez Habitations familiales. " Nous réalisons maintenant tous nos bâtiments en BBC ", poursuit-il. M. Nicolas est en revanche plus sceptique sur l'autoconstruction : " Pour nous, promoteurs, le gain financier n'est pas significatif. "

Les Compagnons Bâtisseurs, qui intervenaient jusqu'à présent dans la réhabilitation, voulaient quant à eux tester un projet d'autoconstruction dans le neuf, quitte à faire un certain nombre de " compromis ". " Le volume d'autoconstruction est faible, le public concerné est beaucoup plus favorisé que celui que nous aidons habituellement... mais il fallait en passer par là pour voir s'il était possible de créer un modèle économique fiable. Une alternative pour des personnes dont la capacité financière est limite pour devenir propriétaire ", analyse David Rucay.

La Fondation de France, ainsi que la Fondation Abbé-Pierre ont soutenu financièrement le projet qui a bénéficié par ailleurs de subventions publiques.

Pour favoriser la mixité sociale, un immeuble de six logements destinés à des ménages aux revenus très bas, et géré par une société HLM et de même qualité que les maisons, a été construit. Mais le maire Daniel Cueff veut aller plus loin. Un projet de dix logements en autoconstruction totale, destinés à des personnes aux revenus très bas, est à l'étude sur la commune de Saint-Médard-sur-l'Ille, au nord de l'agglomération rennaise. " Je suis totalement opposé au "tous propriétaires". Par contre, je crois que l'autoconstruction peut aider des personnes à rompre avec un parcours résidentiel de galère. La propriété est alors une conséquence, pas un but. "

Catherine Rollot